Blanchiment, IA, crypto : ça bouge partout !

Publication informative 

1. Europol - European Union Terrorism Situation and Trend Report 2026 (EU TE-SAT).

L'actualisation des schémas de financement du terrorisme et du blanchiment de capitaux permet de comprendre que le financement illicite franchit un seuil de complexité critique. Les écosystèmes financiers clandestins ne fonctionnent plus en marge de la sphère réglementée, mais s'appuient sur elle, sur son infrastructure, pour passer à l'échelle supérieure. La convergence entre le rapport EU TE-SAT 2026 d'Europol et l'étude globale du GAFI publiée le 3 septembre 2026 (Investigating Professional Money Laundering, Underground Banking, and the Use of Hawala and Other Similar Service Providers) confirme l'émergence d'une véritable offre industrielle de "Money Laundering as a Service" (MLaaS).

Industrialisation du MLaaS et essor de la "hawala numérique".

L'alignement des constats d'Europol et du GAFI met en évidence une transformation structurelle des canaux d'alimentation et de transfert de fonds :

Hybridation des infrastructures bancaires et informelles.

Le GAFI souligne que plus de 80 % des juridictions identifient désormais le underground banking et les réseaux de type hawala (HOSSP) comme des canaux prioritaires du blanchiment professionnel. L'élément de rupture réside dans la friction réduite avec le secteur bancaire traditionnel : les blanchisseurs professionnels utilisent massivement les comptes bancaires, les plateformes fintech, les IBAN virtuels (vIBAN), les cartes prépayées et les portefeuilles d'actifs virtuels comme points d'entrée, de sortie et de compensation (net settlement).

Vecteurs de collecte et "digital hawala".

Outre l'exploitation persistante du tiers secteur et des appels aux dons caritatifs, Europol et le GAFI confirment un basculement vers “la hawala numérique”. La coordination s'opère via des messageries chiffrées (Telegram, Signal, WhatsApp), tandis que la collecte s'appuie sur les levées de fonds informelles, le crowdfunding, les micro-paiements in-game et les virements instantanés. Le règlement de compensation s'effectue en arrière-plan via des stablecoins ou des flux commerciaux factices.

Anonymisation et contournement par l'IA.

L'usage de l'intelligence artificielle ne se limite plus à la génération de propagande ou au prompt engineering. Le GAFI signale son instrumentalisation pour optimiser la dispersion des flux, l'ouverture de comptes sous prête-noms et le ciblage des maillons faibles dans les systèmes de surveillance des établissements financiers.

Implications réglementaires et opérationnelles.

Ces constats imposent une révision immédiate des scénarios de détection et des diligences LCB-FT :

2. AMLA Executive Board Member Simonas Krepšta addresses Global Conference on Criminal finances and Cryptoassets in Luxembourg.

L'harmonisation de la supervision européenne sur les crypto-actifs s'accélère avec la présentation par l'AMLA de son plan d'action stratégique. S'exprimant lors de la 10e Conférence globale sur les finances criminelles et les crypto-actifs à Luxembourg, Simonas Krepšta, membre du directoire de l'AMLA, a acté les priorités de l'Autorité pour 2026 et les années à venir.

Le régulateur européen entend dépasser les seuls cadres déclaratifs de MiCA et du Règlement Transfert de Fonds (TFR) en s'attaquant directement à la fragmentation des capacités d'analyse on-chain. Cette feuille de route s'articule autour des orientations majeures suivantes :

3. Contribution du SSM Justice au rapport annuel 2026 du Conseil d’orientation de la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme (COLB).

L'intensification de la réponse judiciaire face à la criminalité financière se traduit par des métriques d'exécution pénales en nette hausse : la publication par le ministère de la Justice de la Contribution du Sous-direction de la statistique et de l'évaluation (SSER) au rapport 2026 du COLB (données 2025) fixe les nouvelles métriques du volet répressif national.

La répression du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme s'articule autour des indicateurs judiciaires et financiers stratégiques suivants :

4. New Egmont Group Report Examines the Role of FIUs in Strategic Intelligence.

L'évolution du renseignement financier est étudiée dans la publication du dernier rapport du Groupe d'Egmont consacré au rôle des cellules de renseignement financier (CRF/FIU) dans la production de renseignement stratégique. L'organisation internationale, qui regroupe plus de 170 CRF à l'échelle mondiale, formalise un changement de doctrine : la mission des CRF ne doit plus se limiter au traitement opérationnel au cas par cas des déclarations de soupçon (DS), mais s'étendre à la transformation de la masse de données financières en véritables analyses prospectives et sectorielles pour alimenter les autorités publiques et le secteur privé.

Le rapport met en avant la capacité des CRF à exploiter le Big Data financier pour identifier les tendances émergentes, les nouvelles typologies de blanchiment et les failles systémiques du système financier. En combinant l'analyse macroéconomique des flux avec le recoupement de sources multiples (données douanières, fiscales, judiciaires et registres des bénéficiaires effectifs), le renseignement stratégique produit par les CRF permet d'anticiper les menaces hybrides, l'utilisation détournée des nouvelles technologies et l'évasion des sanctions financières ciblées.

Pour structurer cette transition de l'analyse tactique vers l'analyse stratégique, l'étude formule plusieurs préconisations techniques majeures :

Cette montée en puissance du renseignement stratégique des CRF impacte directement les processus de conformité des établissements assujettis.